Filetages en bois : utiliser tarauds et filières

· par Tomas Cerny · 6 min de lecture

Filetages en bois : utiliser tarauds et filières

Réaliser des filetages traditionnels en bois

Réaliser des filetages traditionnels en bois avec un jeu de tarauds et filières permet de fabriquer des écrous, vis, presses, étaux ou serre-joints démontables sans la moindre quincaillerie métallique. La réussite tient à trois choses, pas plus : un bois à fil droit, le bon diamètre de préparation, et une avance lente, parfaitement alignée. Négligez l’une des trois et le filet finit toujours par s’arracher.

À quoi sert un filetage en bois ?

Un filetage en bois transforme une tige ronde en vis et un trou en écrou. Fabriqués avec des outils compatibles, les deux éléments s’assemblent par rotation et génèrent une pression étonnamment importante, presque comparable à un système métallique pour peu que le bois soit dense.

Cette technique ancienne trouve encore toute sa place aujourd’hui pour fabriquer :

Ceci dit, le filetage en bois ne remplacera jamais une vis métallique dans toutes les situations, il ne faut pas se leurrer. Il convient surtout aux mécanismes à faible vitesse, aux réglages manuels, et aux pièces dont le diamètre reste généreux. Personne ne fabrique une vis de 6 mm en bois pour un usage régulier : elle casserait en quelques semaines.

Choisir le bon jeu de tarauds et filières

Un jeu destiné au bois n’a rien à voir avec un équipement de mécanique. Les dents sont plus profondes, plus espacées, conçues pour évacuer les fibres et former un profil assez robuste pour tenir dans une matière compressible.

Vérifier les éléments du kit

Un ensemble complet comprend généralement :

Le diamètre se choisit selon l’effort attendu. Pour une petite boîte, un filetage de 12 à 16 mm fait très bien l’affaire. Pour une presse ou un étau qui devra encaisser du serrage répété, mieux vaut partir sur une tige de 25 à 35 mm, nettement plus résistante à la torsion.

Sélectionner une essence adaptée

Les bois durs à grain régulier donnent, sans surprise, les résultats les plus propres. Le hêtre, l’érable, le charme, le frêne ou le noyer figurent parmi les meilleurs candidats. Ce sont d’ailleurs les essences qu’utilisaient déjà les anciens fabricants d’établis et de presses à vis.

Évitez en revanche les bois très tendres, résineux ou noueux : les filets s’écrasent, s’arrachent, ou s’encrassent rapidement. Le bois doit être sec (idéalement autour de 8 à 10 % d’humidité), stable, et exempt de la moindre fissure. Un morceau fendu, même légèrement, finira par lâcher sous la contrainte.

Préparer la tige à fileter

La filière exige une tige ronde, régulière, légèrement inférieure au diamètre nominal indiqué par le fabricant. Une tige trop large force l’outil et peut fendre le bois net ; trop mince, elle produit des filets fragiles qui s’effritent au premier serrage.

Façonner la tige

Vous pouvez préparer la pièce au tour à bois, à la perceuse sur support, ou même à la main avec un rabot et du papier abrasif si vous n’avez pas d’autre outillage. Mesurez le diamètre au pied à coulisse sur toute la longueur, pas juste aux extrémités : une tige légèrement conique passe souvent inaperçue à l’œil nu.

Prévoyez ensuite un chanfrein généreux à l’extrémité de départ. Ce biseau aide la filière à engager les premières dents petit à petit, sans forcer. Sur une tige de 25 mm, un chanfrein de 3 à 5 mm suffit largement.

Fixer la pièce sans l’abîmer

Installez la tige verticalement dans un étau garni de mordaches en bois ou en cuir. Elle doit tenir fermement, sans être écrasée pour autant (le bois marque vite). Gardez une bonne longueur au-dessus de l’étau pour travailler confortablement, vous éviterez ainsi de vous cogner les mains contre les mors à chaque tour.

Tailler le filetage extérieur avec la filière

Placez la filière bien perpendiculaire à la tige. Un départ incliné, même de quelques degrés, crée un filetage irrégulier qui ne s’engagera jamais correctement dans l’écrou.

Tournez lentement l’outil dans le sens de coupe. Après un ou deux tours, revenez légèrement en arrière pour casser les copeaux, un peu comme on le ferait avec un taraud métallique. Répétez ce va-et-vient jusqu’à atteindre la longueur voulue.

Ne forcez jamais, sous aucun prétexte. Si la résistance augmente fortement :

  1. arrêtez immédiatement ;
  2. reculez la filière de quelques tours ;
  3. retirez les fibres accumulées ;
  4. vérifiez l’alignement de la tige ;
  5. reprenez avec une pression modérée.

Une fine couche de cire d’abeille, de savon sec ou de paraffine facilite grandement la coupe. Attention toutefois à ne pas en abuser : trop de lubrifiant retient la poussière de bois dans les dents et finit par encrasser l’outil.

Réaliser le filetage intérieur avec le taraud

Le trou à tarauder doit être percé exactement au diamètre de pré-perçage recommandé par le fabricant du kit. Cette étape n’a rien d’accessoire : un trou trop petit bloque le taraud (et peut même le casser), tandis qu’un trou trop grand donne un écrou qui joue et n’a plus aucune tenue.

Percez droit, idéalement à la perceuse à colonne. À main levée, utilisez systématiquement un guide de perçage pour conserver un angle de 90 degrés, l’œil seul ne suffit pas.

Engagez ensuite le taraud dans le trou, bien dans l’axe. Tournez d’un tour environ, puis revenez d’un quart de tour pour dégager les copeaux. Retirez régulièrement l’outil pour nettoyer le trou à la brosse ou à l’air soufflé, sans quoi les fibres s’accumulent et faussent le filetage.

Pour éviter l’éclatement à la sortie, glissez une chute de bois derrière la pièce lorsque le trou est traversant. Un léger chanfrein à l’entrée comme à la sortie améliore aussi nettement l’amorce du filetage.

Tester et ajuster l’assemblage

Vissez la tige filetée dans la partie taraudée, à la main uniquement. Elle doit avancer sans à-coups, avec une résistance régulière du début à la fin. Si elle bloque quelque part, ne forcez surtout pas : dévissez, nettoyez les filets et cherchez la fibre relevée qui coince, elle est presque toujours responsable.

Un léger ponçage des bavures, suivi d’une application très fine de cire, améliore sensiblement le fonctionnement. Pour une pièce amenée à bouger souvent, pensez à entretenir le filetage de temps en temps avec de la cire d’abeille ou une cire dure pour bois, un geste simple qui prolonge la durée de vie de l’assemblage.

Conclusion

Tailler des filetages en bois demande de la précision, mais reste tout à fait accessible dès lors qu’on dispose d’un bon jeu de tarauds et filières. En préparant soigneusement la tige, le perçage et l’alignement des outils, on obtient un assemblage traditionnel, démontable et solide, qui tiendra des années si on l’entretient un minimum.

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